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Et le pardon ?Comment pardonner l’impardonnable ?Voilà plusieurs fois que nous remanions le texte sur le pardon tellement le sujet nous paraît sensible, délicat, plein de piège, de raccourcis simplistes qui nous égarent. Aujourd’hui je ne suis plus sûr que ce texte sera définitif, comme si nous avions tout dit sur le sujet, comme si nous avions cerné si bien toutes les possibilités que nous pourrions ne plus nous remettre en question. J’aimerais bien peser chacun de mes mots pour ne pas faire fausse route, je voudrais aussi m’écarter d’une notion trop dogmatique du pardon qui ne tiendrait pas compte de la gravité de l’offense et qui aurait tendance parfois à rendre les victimes coupables Ce que nous proposons c’est un cheminement dont le point de départ est cette affirmation du « Notre Père » « Pardonne – nous nos offenses comme nous aussi nous pardonnons ». C’est un (long) chemin qui doit nous conduire à accepter dans un premier temps et pouvoir vivre cette Parole et faire cette prière à Dieu. Ce chemin commence par un constat : 1 : Comprendre les dégâts causés par l’offense. Une offense comme l’abus s’est toujours un ravage dans une vie, c’est un cyclone dévastateur. Il faut pouvoir regarder l’étendue des dégâts, comprendre ce qui a été perdu. Un peu comme on ferais le tour de la maison après une inondation pour évaluer toutes les réparations à faire, voir au-delà des apparences : ce qui semble être encore debout mais qui ne tiendra pas dans le temps…. Comment cela touche – t- il aujourd’hui vos relations ? Quelles image avez – vous de vous-même ? De votre corps ? Etes vous marié(e) ? Faites – vous des cauchemars ? ….. Ce constat est certainement très douloureux mais je suis parfois septique lorsqu’une personne qui est passée par l’abus me dit j’ai pardonné alors qu’elle n’a pas même pris le temps de comprendre les conséquences de ce traumatisme dans sa vie. Je crois qu’il y a là une forme de déni, une envie de tourner rapidement la page pour passer à autre chose, peur de souffrir encore. Cette étape peu vous amenez à une tristesse profonde, à pleurer sur toute la perte. Peut – être pourriez – vous partager cela avec une personne proche ou à l’écoute « Pleurez avec ceux qui pleurent » C’est aussi l’occasion de faire monter une plainte vers Dieu. Les psaumes nous donne quantité d’exemple de ses plaintes exprimées dans des moments douloureux Ps 13.1/3 ; 22.1/22 ; 55.1/9 Ce n’est pas une fin en soi, c’est un moment, c’est une étape où l’on pleure sur ce qui est perdu et qui ne reviendra pas, c’est un deuil qu’il faut traverser. 2 : Prendre conscience de la colère Une offense aussi grave nous pousse immanquablement vers de la colère. Mais pour beaucoup la colère n’est pas une émotion facile. Pour les chrétiens elle a mauvaises presse « un chrétien ne se met pas en colère… vous ne devez pas ressentir de la colère….. » Pour d’autre elle parait si forte, si envahissante qu’elle en devient effrayante, elle submerge l’âme et on a peur d’être emporté par cette fureur. Alors cette colère est enfouie, refoulée. Elle revient souvent par des chemins détournés (dépression, auto – mutilation, …) Mais cette colère est aussi normale, je dirai presque « juste » : Comment ne pas être en colère devant une telle abomination ? Comment ne pas ressentir de la rage devant l’injustice, la manipulation, la négation de l’être humain, de l’enfance englouti dans la convoitise d’un autre ? Ps 139.22 : « Je les hais d’une haine parfaite » Comment une telle phrase se trouve dans un livre inspirée par un Dieu d’amour ? Que font ces psaumes d’imprécations (Ps 35 ; 109 ; 69…) dans la Bible ? Ces psaumes sont simplement la traduction de la révolte du juste devant l’injustice. Alors oui, notre colère doit être accueillie, peut – être exprimée devant Dieu comme dans ces psaumes ou dans le livre de Job. Dieu est compatissant aussi pour entendre notre colère. Maintenant notre colère est souvent excessive. Elle n’est pas comme la colère de Dieu qui d’abord est capable de patience et qui d’autre part s’exprime toujours dans les limites que lui imposent son amour et sa justice. « La colère de l’homme n’accomplie pas la justice de Dieu » (Jacq 1.20). Notre colère est souvent sans limites, sans amour, sans justice, sans miséricorde…C’est pourquoi l’apôtre Paul dira : Eph 4 : « Mettez – vous en colère mais ne péchez point… » Nous devons exprimer notre colère « juste » mais nous devons aussi imposer une limite à cette colère qu’elle ne se transforme pas dans nos cœurs en amertume, haine, désir de vengeance…. 3 : Renoncer à la vengeance Romains 12:19 Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère; car il est écrit: A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. C’est un point de bascule, nous tournons le dos à la colère, à l’amertume, à la haine. Renoncer à la vengeance, ce n’est pas renoncer à la justice, c’est s’en remettre à Dieu, lui laisser le soin de la justice. Au fond nous sommes tous des pêcheurs incapables d’une justice mesurée avec amour, seul Dieu est réellement juste, seul Dieu est bon (Luc 18.19). Face à la justice de ce monde, nous sommes tous en tant que citoyens engagés à ne pas nous faire justice nous – même mais à nous en remettre à la justice de notre pays. A bien plus forte raison, pouvons – nous espérer une justice véritable de celui qui est le juge par excellence ! Cet appel à ne pas nous venger, à nous en remettre au juste jugement de Dieu, c’est ce qui pose une limite à notre colère. Maintenant que la colère a été accepté, que nous sommes reconnu comme victime, que nous voyons et que les autre voient : nos droits ont été bafoués. Nous pouvons nous détourner de cette colère, nous pouvons la laisser. Elle a eu son utilité pendant un temps, mais elle ne pourra pas nous amener plus loin, au contraire, elle risque de nous détruire, de s’inviter dans toutes nos relations 4 : Comprendre la perte et l’assumer Le pardon demande un ensemble de renoncement. Ce n’est pas un pardon facile, il a un coût et si ce prix n’est pas accepté, le pardon donné sera superficiel, mal assumé « Je pardonne mais je n’oublie pas » Lorsque Jésus nous pardonne, il a accepté d’assumer la conséquence de nos péchés, il les a pris sur lui à la croix et il est allé jusqu’au bout de cette souffrance, sans s’arrêter, sans nous en faire le reproche. Il est mort à cause de notre péché lui qui n’a jamais commis d’injustice. Or tout pardon exige d’assumer les conséquences, les pertes, les choses qui ont été détruites dans vos vies et qui ne seront plus jamais là. Ce peut être l’innocence ou une certaine idée du mariage, ….accepter d’assumer les conséquences du péché des autres dans votre vie, accepter de prendre en charge les résultats des actes que d’autres personnes vous ont faits et qui ont des conséquences dans votre vie. C’est la démarche exigeante d’un vrai pardon. Assumer cette perte va vous détacher de votre agresseur, maintenant, c’est vous, c’est votre vie, votre responsabilité. La personne qui vous a offensé ne pourra plus jamais vous toucher aussi profondément. Vous avez décidé de lutter, de vous en sortir. 2 Corinthiens 5:21 Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. 5 : En route vers l’amour A partir du moment où vous avez décidé d’assumer les pertes dans vos vies, vous êtes détaché, délié. C’est ma vie, je l’assume telle qu’elle est. Plus personne ne me tiens sous son joug excepté Christ. Comme lui, je peut être dans la puissance de pardonner mes persécuteurs, ceux qui m’ont fait du mal, parce que ce mal ne peut m’atteindre, ma colère est apaisé, les conséquences sont assumés et je me trouve dans cette puissance du pardon. Vous ne pouvez plus m’atteindre, vous ne pouvez plus me faire du mal, parce que je pardonne. Les conséquences de vos actes dans ma vie ont été tragique, sources de souffrances terribles, mais aujourd’hui je suis dans cette force d’anéantir le mal par le bien. Romains 12:21 Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. J’ai confiance dans la justice de mon Dieu, je sais qu’il ne laissera pas le péché impuni. Mais je sais aussi qu’il est un Dieu de miséricorde, de grâce et de bonté et qu’il pardonnera au pêcheur qui se repend sincèrement et je suis prêt(e) à donner mon pardon moi aussi si mon agresseur se repend sincèrement. Si cette repentance n’est pas là, je ne suis pas tenu de renouer avec cette personne. Le commandement est de pardonner « comme Dieu nous a pardonné » Mais le pardon de Dieu bien qu’offert à tous les hommes n’est valide que si la personne se repend. Dieu ne pardonne pas à tous les hommes même s’il a disposé son cœur à le faire, son pardon ne devient efficace et possible uniquement si nous faisons notre part : nous humilier, nous repentir sincèrement du mal quia été fait. Je veux aussi me protéger et je ne suis pas plus que Dieu qui pardonne uniquement si nous nous repentons. Comme lui mon cœur est disposé à ce pardon, mais devant une personne qui en aucun cas ne regrette ses actes, personne n’est tenu à se mettre en danger, à se sentir culpabilisé de ne pas vivre un plein pardon. Vous avez fait votre part, le reste ne vous appartient pas. Conclusion Il est toujours délicat de présenter le pardon comme un processus en 5, 7 ou 12 étapes. Ce texte est là pour donner quelques points de repère, amener de la réflexion sur cette question si délicate du pardon de nos persécuteurs, éviter de tomber dans le piège de la culpabilité et dénoncer une forme de pardon qui a plus à voir avec du déni qu’avec un véritable pardon. J’espère que cela vous aidera à avancer et à trouver en Dieu et dans le conseil de sa Parole une vraie liberté salutaire pour votre âme et remplissant votre vie de joie et de paix. Jean 16:22 Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie.
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